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Licitation judiciaire : procédure, délais et coûts en indivision

17 juillet 2026 · 9 min de lecture · Réussir une Succession

Licitation judiciaire : la procédure

Licitation judiciaire : comment fonctionne la procédure pour vendre un bien indivis

La licitation judiciaire est une vente aux enchères d'un bien indivis ordonnée par le tribunal judiciaire lorsque les co-indivisaires ne parviennent pas à s'accorder sur le partage ou la vente amiable du bien. Cette procédure permet de transformer le bien en somme d'argent, ensuite répartie entre les héritiers selon leurs quotes-parts respectives. Elle intervient principalement dans le cadre d'une succession bloquée, où plusieurs héritiers possèdent ensemble un bien immobilier et ne trouvent pas d'issue à l'amiable.


Qu'est-ce que la licitation judiciaire

La licitation judiciaire est définie à l'article 1686 du Code civil comme la vente aux enchères d'un bien indivis en vue de procéder au partage de son prix. Elle se distingue de la licitation amiable, qui repose sur un accord entre tous les indivisaires et se déroule devant notaire sans intervention du juge. En cas de licitation judiciaire, c'est le tribunal judiciaire qui ordonne la vente et en fixe les modalités.

Cette procédure intervient typiquement après le décès d'un parent, lorsque plusieurs enfants héritent d'un bien immobilier en indivision et ne s'accordent ni sur sa conservation, ni sur les conditions de sa vente, ni sur le rachat des parts d'un co-indivisaire par les autres. Le blocage peut naître d'un désaccord sur le prix de vente, sur la répartition des charges, ou simplement d'une mésentente familiale profonde qui empêche toute négociation constructive.


Conditions pour demander la licitation judiciaire

Tout indivisaire peut demander la licitation judiciaire, quelle que soit sa quote-part dans l'indivision, dès lors que les conditions suivantes sont réunies :

  • Existence d'une indivision : plusieurs personnes détiennent ensemble des droits sur un même bien, sans division matérielle.
  • Absence d'accord entre indivisaires : aucune solution amiable n'a pu être trouvée (vente amiable, rachat de parts, convention d'indivision temporaire).
  • Bien indivisible ou dont le partage en nature détruirait la valeur : un immeuble par nature ne peut être divisé physiquement sans perte de valeur significative.
  • Qualité pour agir : tout indivisaire dispose du droit de provoquer le partage, conformément à l'article 815 du Code civil qui pose le principe selon lequel « nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision ».

Cette règle fondamentale signifie qu'un héritier minoritaire (détenant par exemple 10 % du bien) peut tout autant déclencher la procédure qu'un héritier majoritaire. Le juge ne peut pas refuser le partage au motif que la majorité des indivisaires souhaite conserver le bien.

Cas particuliers à connaître

À savoir : Si l'un des indivisaires est mineur ou majeur protégé (sous tutelle ou curatelle), l'autorisation du juge des tutelles est requise avant toute vente, y compris dans le cadre d'une licitation judiciaire. Le tuteur ou curateur doit solliciter cette autorisation en amont pour représenter valablement l'intéressé.

À savoir : Si le bien indivis est grevé d'un usufruit (par exemple au profit du conjoint survivant), la licitation porte uniquement sur la nue-propriété, sauf accord de l'usufruitier pour vendre en pleine propriété. Ce point technique nécessite un conseil juridique adapté.


Déroulement de la procédure étape par étape

La licitation judiciaire se déroule en plusieurs phases encadrées par le Code de procédure civile (articles 1271 à 1281 et articles 1360 et suivants) :

  1. Saisine du tribunal judiciaire compétent
    L'indivisaire demandeur fait rédiger une assignation en partage par un avocat. Le tribunal compétent est celui du lieu de situation de l'immeuble (ou du lieu d'ouverture de la succession pour les biens mobiliers). La représentation par avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire.

  2. Désignation d'un notaire commis
    Le tribunal rend un jugement d'ouverture des opérations de comptes, liquidation et partage et désigne un notaire commis chargé de conduire les opérations de liquidation de l'indivision.

  3. Tentative de partage amiable sous l'égide du notaire
    Le notaire commis réunit les parties et tente d'organiser un partage amiable ou une vente de gré à gré. Le juge fixe un délai pour cette tentative (généralement quelques mois). Si un accord intervient, la procédure s'arrête là. Dans le cas contraire, le notaire établit un procès-verbal de difficultés et le transmet au tribunal.

  4. Jugement ordonnant la licitation
    Après examen du procès-verbal de difficultés, le tribunal constate l'impossibilité de partage amiable ou en nature et ordonne la licitation judiciaire. Il fixe les conditions essentielles de la vente, dont notamment la mise à prix du bien (prix de départ aux enchères), en général sur la base d'une expertise immobilière ou d'une évaluation notariale. Le jugement peut prévoir une faculté de baisse de la mise à prix par paliers si la première tentative d'adjudication échoue.

  5. Rédaction du cahier des conditions de vente
    Un avocat poursuivant (mandaté par le demandeur ou désigné d'office) rédige le cahier des charges de la vente. Ce document technique précise l'origine de propriété, la désignation cadastrale du bien, les charges et servitudes grevant le bien, les conditions de paiement, les modalités d'enchères et, le cas échéant, les règles de consignation d'une somme par les enchérisseurs. Le cahier des charges est déposé au greffe du tribunal et rendu public pour permettre aux acquéreurs potentiels de prendre connaissance des conditions de vente.

  6. Adjudication publique et attribution au plus offrant
    Le bien est mis en vente aux enchères publiques, soit à l'audience des criées du tribunal judiciaire, soit devant un notaire commis à cet effet par le tribunal (article 1272 du Code de procédure civile). La vente est portée à la connaissance du public par annonces légales et publicité. Les acquéreurs potentiels, qu'ils soient tiers ou indivisaires, peuvent enchérir. Le bien est attribué au plus offrant lors de l'adjudication.

  7. Répartition du prix entre indivisaires
    Une fois la vente conclue, le prix d'adjudication est réparti entre les co-indivisaires au prorata de leurs quotes-parts dans l'indivision, après déduction des frais de procédure et des éventuelles dettes liées au bien. Le partage en numéraire se substitue au partage en nature, ce qui met fin à l'indivision sur ce bien.


Délais et durée de la procédure

Aucun délai légal global n'encadre la durée totale d'une licitation judiciaire. En pratique, la procédure dure de quelques mois à plus de deux ans selon l'encombrement du tribunal, le nombre d'indivisaires, la complexité de la succession et les éventuels recours.

Les étapes qui allongent la procédure sont notamment : le désaccord sur la désignation du notaire commis, les recours d'un indivisaire contre l'ordonnance de licitation, les expertises immobilières contradictoires, ou encore les droits de préemption à purger (par exemple droit de préemption urbain si le bien est situé dans un périmètre concerné). Le seul délai réglementaire obligatoire est celui fixé par le juge pour la tentative de partage amiable devant le notaire commis (généralement entre trois et six mois).

À savoir : Les délais pratiques varient fortement d'un tribunal à l'autre et selon la charge de travail des juridictions. Un dossier sans contestation peut être traité en un an, tandis qu'un dossier conflictuel peut dépasser deux ans.


Coûts de la licitation judiciaire

La licitation judiciaire génère des frais significatifs, répartis entre plusieurs postes. Aucun barème légal détaillé unifié n'est publié par les sources officielles (service-public.fr, notaires.fr, legifrance.gouv.fr, bofip.impots.gouv.fr) pour l'ensemble des frais de licitation judiciaire. Les données disponibles dans les sources complémentaires indiquent les ordres de grandeur suivants, à titre indicatif :

  • Frais de justice : provisions à avancer par le demandeur (variables selon les tribunaux).
  • Honoraires du notaire commis : soumis aux émoluments proportionnels réglementés par le décret du 26 février 2016, calculés sur le prix de vente.
  • Frais d'avocat : représentation obligatoire devant le tribunal judiciaire, honoraires librement fixés (ordre de grandeur pratique souvent entre 1 500 € et 3 000 € selon les sources non officielles).
  • Expertise immobilière : si ordonnée par le juge, coût généralement entre 800 € et 1 500 € (estimation pratique).
  • Frais de publicité et d'annonces légales : pour porter la vente à la connaissance du public.
  • Droits d'enregistrement : à la charge de l'adjudicataire (acquéreur final), selon le régime fiscal applicable.

Ces frais sont in fine imputés sur le prix de vente, donc supportés par l'ensemble des indivisaires à proportion de leurs droits. Le coût total peut représenter une part significative du prix d'adjudication, qui est souvent inférieur au prix du marché en raison des conditions de vente forcée. Il n'est pas possible de fournir un barème légal chiffré précis et exhaustif des frais de licitation judiciaire en l'état des sources officielles accessibles. Toute évaluation doit être vérifiée au cas par cas auprès d'un notaire ou d'un avocat.


Alternatives à la licitation judiciaire

Avant d'engager une licitation judiciaire, plusieurs alternatives moins coûteuses et plus rapides existent pour sortir de l'indivision :

  • Accord amiable entre indivisaires : négociation d'une vente amiable devant notaire ou cession de parts entre indivisaires. Cette solution est de loin la plus économique et la plus rapide.
  • Rachat de la part d'un indivisaire récalcitrant : si un ou plusieurs indivisaires souhaitent conserver le bien, ils peuvent racheter la quote-part de celui qui souhaite sortir. Le prix de rachat est généralement fixé par expertise ou accord amiable.
  • Convention d'indivision temporaire : pour geler la situation pendant une durée déterminée (maximum cinq ans renouvelable), conformément aux articles 1873-1 et suivants du Code civil. Cette convention organise la gestion du bien indivis et peut prévoir des règles de sortie anticipée.
  • Vente forcée d'un bien indivis : si la licitation judiciaire n'aboutit pas, d'autres voies d'exécution peuvent être envisagées (voir l'article dédié : vente forcée d'un bien indivis).

Pour mettre en demeure un indivisaire qui bloque la situation, un modèle de lettre pour sortir d'une indivision peut être utile pour formaliser la demande avant toute saisine du juge.

Si le blocage oppose spécifiquement des frères et sœurs, consultez l'article : comment sortir de l'indivision entre frère et sœur, qui détaille les stratégies adaptées à cette configuration familiale fréquente.

Pour comparer point par point la vente amiable et la licitation avant de choisir votre voie, consultez vente amiable vs vente judiciaire d'un bien indivis.


Ce que la licitation ne règle pas

La licitation judiciaire permet de vendre le bien indivis et de répartir le prix de vente entre les héritiers. Elle ne calcule pas automatiquement les droits de succession dus sur le prix perçu par chaque héritier. Les héritiers restent redevables des droits de succession sur leur quote-part du prix d'adjudication, selon le barème applicable à leur lien de parenté avec le défunt et après application des abattements légaux.

De même, la licitation ne dispense pas les héritiers de déclarer leur quote-part du prix de vente dans le cadre de la déclaration de succession auprès de l'administration fiscale. Le notaire liquidateur de la succession intègrera le prix de vente dans le calcul global des droits dus par chaque héritier.

Cette simulation a une visée informative et ne remplace pas un acte notarié ni un conseil personnalisé. Chaque situation d'indivision présente des spécificités (présence de mineurs, d'usufruitiers, de dettes, de biens multiples) qui nécessitent l'intervention d'un professionnel du droit pour sécuriser la procédure et optimiser la répartition.


Voir le barème complet des droits de succession : https://www.reussir-une-succession.fr/droits-de-succession

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.

Voir le guide complet : Sortir de l'indivision