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Vendre une maison héritée en indivision : règles, blocage et procédure

13 juillet 2026 · 8 min de lecture · Réussir une Succession

Vendre une maison en indivision avec un frère ou une sœur

Vendre une maison en indivision avec un frère ou une sœur

Vous héritez d'une maison avec votre frère ou votre sœur et souhaitez la vendre ? La vente d'un bien immobilier en indivision impose des règles strictes : la décision doit en principe être prise à l'unanimité des héritiers, sauf application de la règle des deux tiers prévue par l'article 815-5-1 du Code civil. Vous devez suivre une procédure légale précise, notifier les indivisaires et faire intervenir un notaire pour répartir le prix entre chaque héritier.

Peut-on vendre une maison en indivision sans l'accord de tous les héritiers ?

Non, sauf si vous appliquez la règle des deux tiers des droits indivis. Le principe général posé par le Code civil est clair : en indivision (situation dans laquelle plusieurs personnes détiennent ensemble des droits sur un même bien, sans qu'aucune part ne soit physiquement délimitée), toute décision importante, dont la vente du bien, exige l'accord unanime de tous les indivisaires.

La loi du 23 juin 2006 a introduit une dérogation importante à cette règle : l'article 815-5-1 du Code civil permet de vendre le bien immobilier à la majorité des deux tiers des droits indivis, même si un ou plusieurs héritiers s'y opposent. Cette majorité se calcule sur les quotes-parts de chaque indivisaire, pas sur le nombre de personnes.

Concrètement : si vous héritez à parts égales avec votre frère (50 % chacun), vous ne pouvez pas vendre sans son accord. En revanche, si vous êtes trois héritiers détenant respectivement 50 %, 30 % et 20 %, les deux premiers peuvent décider de la vente (80 % des droits), même si le troisième s'y oppose.

À savoir : la majorité se calcule sur les droits indivis (les quotes-parts), pas sur le nombre de têtes. Deux héritiers sur trois ne suffisent pas si leurs droits cumulés n'atteignent pas les deux tiers.

Quelle procédure suivre pour vendre à la majorité des deux tiers ?

La vente à la majorité des deux tiers impose une procédure stricte en quatre étapes :

  1. Constater la majorité des deux tiers des droits. Vérifiez la répartition exacte des quotes-parts dans l'acte de notoriété ou l'attestation de propriété établie par le notaire après le décès. Ce document précise qui hérite de quelle part.

  2. Notifier le projet de vente aux indivisaires minoritaires. Les héritiers qui souhaitent vendre doivent faire signifier leur intention par acte d'huissier (aujourd'hui appelé commissaire de justice) aux héritiers minoritaires. Cet acte doit indiquer le prix de vente envisagé, les conditions de la cession et l'identité de l'acheteur potentiel si la vente est déjà négociée.

  3. Respecter le délai d'opposition de trois mois. À compter de la notification, les indivisaires minoritaires disposent d'un délai de trois mois pour s'opposer à la vente devant le tribunal judiciaire (art. 815-5-1 al. 4 du Code civil). Passé ce délai sans opposition, la vente peut être conclue.

  4. Signer l'acte de vente devant notaire. Le notaire rédige l'acte authentique de vente et répartit le prix entre les indivisaires selon leurs quotes-parts respectives.

Si un indivisaire minoritaire saisit le tribunal dans le délai de trois mois, le juge peut arrêter la procédure s'il estime que la vente porte atteinte aux droits des minoritaires. Cette situation reste rare mais doit être anticipée.

Quel délai pour vendre une maison en succession ?

Que faire si un co-héritier bloque la vente ?

Le blocage est minoritaire (moins d'un tiers des droits)

Si l'héritier qui refuse la vente détient moins d'un tiers des droits indivis, la procédure des deux tiers reste applicable. Cet héritier ne peut pas empêcher la vente, mais il doit être notifié par acte d'huissier et dispose du délai de trois mois pour saisir le tribunal judiciaire s'il estime que ses droits sont lésés.

Le juge vérifie alors que la procédure a été respectée et que le prix de vente envisagé correspond à la valeur réelle du bien. Si les conditions sont remplies, il valide la vente malgré l'opposition.

Le blocage est majoritaire (plus d'un tiers des droits)

Si l'héritier récalcitrant détient plus d'un tiers des droits, la vente amiable devient impossible sans son accord. Vous avez alors deux solutions :

  • Négocier un rachat de sa quote-part. Les autres indivisaires peuvent proposer de racheter la part de l'héritier qui bloque, ce qui lui permet de sortir de l'indivision avec son argent tout en laissant les autres vendre ou conserver le bien.

  • Demander la licitation judiciaire. Tout indivisaire peut demander au tribunal judiciaire d'ordonner la vente forcée du bien aux enchères publiques (art. 1686 et suivants du Code civil). On parle de licitation : vente forcée d'un bien indivis ordonnée par un juge lorsque le partage amiable est impossible. Le bien est alors vendu aux enchères, et le prix réparti entre les indivisaires selon leurs quotes-parts.

À savoir : la licitation entraîne souvent un prix inférieur à la valeur de marché. C'est une procédure de dernier recours.

La licitation présente un inconvénient majeur : le prix obtenu aux enchères est généralement inférieur de 10 à 20 % à la valeur de marché du bien. Cette solution ne doit être envisagée qu'après épuisement de toute tentative de négociation.

Pour comparer en détail les deux procédures (délais, coûts, contraintes), consultez vente amiable ou vente judiciaire d'un bien indivis. Et si le blocage vient d'un seul héritier récalcitrant, l'article que faire si un héritier refuse de vendre détaille tous les recours amiables et judiciaires disponibles.

Quel est le rôle du notaire dans la vente d'un bien indivis ?

Le notaire est obligatoire pour toute vente immobilière (art. 1er de la loi du 25 ventôse an XI). Dans le cadre d'une indivision successorale, il intervient à trois stades :

  1. Établissement de l'attestation de propriété après le décès. Ce document constate officiellement qui hérite de quoi et dans quelles proportions. Il sert de titre de propriété provisoire tant que le partage définitif n'est pas fait.

  2. Vérification de la répartition des droits indivis entre héritiers. Le notaire s'assure que les quotes-parts mentionnées dans l'acte de vente correspondent bien à celles fixées par la succession (testament, ordre légal des héritiers, présence d'un conjoint survivant).

  3. Rédaction de l'acte de vente et répartition du prix entre indivisaires. Le notaire collecte le prix de vente auprès de l'acquéreur, déduit les frais et les dettes éventuelles du bien (crédit immobilier restant, travaux de copropriété impayés), puis répartit le solde entre les indivisaires proportionnellement à leurs droits.

Le notaire vérifie également que les droits de succession ont été déclarés et que le délai de paiement est respecté. Si les héritiers n'ont pas encore payé ces droits, il peut bloquer une partie du prix de vente pour garantir leur règlement.

Peut-on vendre un bien avant de payer les droits de succession ?

Vendre avant ou après avoir payé les droits de succession : ce que ça change en indivision

Les droits de succession sont exigibles dans les six mois suivant le décès si le défunt est décédé en France, douze mois s'il est décédé à l'étranger. La vente du bien peut servir à financer leur règlement, mais cette solution soulève une difficulté particulière en indivision.

Point de vigilance : si les héritiers ne s'accordent pas sur l'usage du prix de vente pour payer les droits, chaque indivisaire reste personnellement responsable de sa part des droits. La solidarité fiscale entre indivisaires est un point complexe qui dépend de la configuration de la succession (présence d'un conjoint survivant, legs particulier, donation antérieure). Le notaire doit être consulté pour confirmer la répartition exacte des obligations fiscales dans votre situation.

En pratique, le notaire peut retenir sur le prix de vente la somme nécessaire au paiement des droits de succession et la verser directement à l'administration fiscale. Cette solution évite les blocages entre héritiers et sécurise l'opération.

Vente d'une maison en succession : les étapes

Faut-il vendre, louer ou garder le bien en indivision ?

L'indivision est par nature une situation temporaire : chaque indivisaire peut demander le partage à tout moment. Avant de décider de vendre, posez-vous trois questions :

  • La vente finance-t-elle les droits de succession ? Si le bien représente l'essentiel de l'héritage et que vous n'avez pas les liquidités pour payer les droits, la vente s'impose souvent.

  • Le bien génère-t-il un revenu locatif suffisant pour couvrir les charges et rémunérer chaque indivisaire ? Si oui, une mise en location temporaire peut permettre de différer la décision de vente.

  • Garder le bien crée-t-il un conflit familial ? L'usage du bien par un seul héritier alors que les autres n'en profitent pas génère des tensions. Une indemnité d'occupation peut être réclamée par les indivisaires non occupants.

Chaque option (vendre, louer, garder) a des conséquences fiscales et patrimoniales différentes selon le profil de chaque héritier. Le simulateur Réussir une Succession vous aide à comparer ces scénarios en 10 minutes.

Voir aussi : Garder, louer ou vendre un bien hérité


Cette simulation a une visée informative et ne remplace pas un acte notarié ni un conseil personnalisé. Chaque succession présente des spécificités (testament, donation antérieure, présence d'un conjoint survivant) qui peuvent modifier les règles de majorité et de répartition du prix. Consultez un notaire pour valider votre situation.

Voir le barème complet des droits de succession

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.

Voir le guide complet : Garder, louer ou vendre