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Usufruitier ou nu-propriétaire : qui paie les charges et travaux ?

17 juillet 2026 · 10 min de lecture · Réussir une Succession

Charges et travaux : qui paie entre usufruitier et nu-propriétaire

Charges et travaux en usufruit : qui paie quoi entre usufruitier et nu-propriétaire

L'usufruitier supporte les charges courantes et les réparations d'entretien (taxe foncière, petits travaux, chauffage), le nu-propriétaire prend en charge les grosses réparations structurelles (toiture, murs porteurs, gros œuvre). Cette répartition, fixée par les articles 605 et 606 du Code civil, peut être modifiée par convention notariée. En cas de défaut d'entretien de l'usufruitier ayant causé des dégâts structurels, la charge des grosses réparations bascule sur lui.


1. La règle de base : deux rôles, deux catégories de dépenses

Le démembrement de propriété sépare l'usufruit (droit de jouir du bien) et la nue-propriété (droit sur la structure). Cette distinction entraîne une répartition spécifique des charges et travaux entre usufruitier et nu-propriétaire.

Le Code civil pose le principe :

  • L'usufruitier supporte les réparations d'entretien et les charges courantes nécessaires à la jouissance régulière du bien.
  • Le nu-propriétaire assume les grosses réparations qui touchent à la solidité et à la structure de l'immeuble.

Cette répartition repose sur deux articles fondamentaux :

  • Article 605 du Code civil : l'usufruitier n'est tenu qu'aux réparations d'entretien ; les grosses réparations restent à la charge du propriétaire (le nu-propriétaire en démembrement), sauf si elles sont causées par un défaut d'entretien depuis l'ouverture de l'usufruit.
  • Article 606 du Code civil : définit les grosses réparations comme celles portant sur le clos et couvert, les murs porteurs, les voûtes, les poutres, les couvertures entières, les digues, les murs de soutènement et de clôture.

Cette distinction légale vise à préserver l'équilibre : l'usufruitier, qui jouit du bien, doit le maintenir en état ; le nu-propriétaire, qui en récupérera la pleine propriété à l'extinction de l'usufruit, doit en préserver la structure.


2. Ce que paie l'usufruitier : charges courantes et entretien

L'usufruitier supporte toutes les dépenses liées à la jouissance régulière du bien. Concrètement, il prend en charge :

  • Les charges de copropriété courantes : entretien des parties communes, frais de syndic pour la gestion courante, ascenseur, espaces verts, nettoyage.
  • La taxe foncière : contrairement à une idée répandue, c'est bien l'usufruitier qui règle cet impôt local, conformément au Code général des impôts. Le nu-propriétaire n'en est pas redevable pendant toute la durée du démembrement.
  • La taxe d'habitation, lorsqu'elle subsiste (résidences secondaires, logements vacants non exonérés).
  • Les petites réparations et l'entretien courant du bien : peintures intérieures, remplacement de robinetterie, vitres cassées, serrures, révision annuelle de la chaudière, entretien du jardin.
  • Les primes d'assurance habitation, qui couvrent les risques locatifs et la responsabilité civile de l'occupant.
  • Les frais de gestion courante : honoraires de gestion locative si le bien est loué, abonnements aux services (eau, électricité, gaz).

La doctrine et la pratique incluent également dans les réparations d'entretien le remplacement de la chaudière ou le ravalement simple de la façade (sans reprise structurelle), dès lors qu'ils s'inscrivent dans le maintien du bien en bon état d'usage.

Point d'attention : la répartition légale s'applique sauf stipulation contraire. Une convention d'usufruit ou une clause dans l'acte de donation ou de succession peut prévoir une répartition différente, à condition d'être formalisée par acte notarié. Par exemple, certaines conventions mettent à la charge de l'usufruitier des travaux normalement qualifiés de grosses réparations, ou prévoient un partage des coûts selon un pourcentage.


3. Ce que paie le nu-propriétaire : les grosses réparations (art. 606 C. civ.)

3.1 Définition des grosses réparations selon l'art. 606

Les grosses réparations sont celles qui portent sur les éléments essentiels de l'immeuble, c'est-à-dire sa structure et sa solidité. L'article 606 du Code civil dresse une liste indicative :

  • Gros murs et voûtes (murs porteurs, fondations)
  • Poutres maîtresses et charpente
  • Couvertures entières (réfection complète de la toiture)
  • Digues et murs de soutènement
  • Murs de clôture (dans leur intégralité)

La jurisprudence complète cette liste en retenant que tout travail touchant au clos et couvert (étanchéité, solidité de la structure) relève des grosses réparations : reprise de façade lourde avec consolidation des murs, remplacement de la charpente, renforcement de fondations.

Point d'incertitude : la frontière entre grosse réparation et entretien courant est source de litiges fréquents. Par exemple, un ravalement de façade simple (peinture, enduit) est à la charge de l'usufruitier ; un ravalement avec reprise de maçonnerie et consolidation structurelle relève du nu-propriétaire. L'appréciation peut varier selon les tribunaux et dépend des circonstances de chaque cas.

Un point important souligné par la doctrine : le nu-propriétaire supporte financièrement ces grosses réparations, mais n'a pas d'obligation légale de les exécuter, sauf stipulation contractuelle contraire. Autrement dit, l'usufruitier ne peut pas, en principe, contraindre le nu-propriétaire à réaliser ces travaux, sauf à démontrer une faute distincte (par exemple, mise en danger de la sécurité publique) ou à obtenir une décision de justice dans un contexte d'urgence absolue.

3.2 Exception : les grosses réparations causées par le défaut d'entretien de l'usufruitier

L'article 605 alinéa 2 du Code civil prévoit une exception majeure : si les grosses réparations deviennent nécessaires parce que l'usufruitier a négligé l'entretien courant depuis l'ouverture de l'usufruit, la charge de ces travaux bascule sur l'usufruitier.

Exemple concret : une fuite non réparée dans la toiture (entretien courant négligé) entraîne la pourriture de la charpente (grosse réparation). Si le nu-propriétaire démontre que cette dégradation structurelle résulte directement de l'inaction de l'usufruitier, ce dernier devra prendre en charge le coût de la réfection de la charpente.

Cette règle protège le nu-propriétaire contre les conséquences patrimoniales d'un défaut d'entretien. En pratique, la preuve de ce lien de causalité (défaut d'entretien → dégradation structurelle) peut nécessiter une expertise contradictoire.


4. Les charges de copropriété : une répartition à part

En copropriété, la répartition des charges suit la logique des articles 605 et 606, mais s'applique aux dépenses votées en assemblée générale. Un tableau permet de clarifier qui paie quoi :

Type de charge Qui paie
Charges courantes (entretien des parties communes, gardiennage, nettoyage, ascenseur) Usufruitier
Travaux votés relevant de l'art. 606 (ravalement lourd avec consolidation, réfection de toiture, gros œuvre) Nu-propriétaire
Travaux votés relevant de l'entretien (peinture des parties communes, remplacement de vitres, entretien du jardin) Usufruitier
Fonds de travaux (loi Alur, art. 14-2 de la loi du 10 juillet 1965) Point d'incertitude : la jurisprudence est hétérogène

À savoir : la contribution au fonds de travaux instauré par la loi Alur (article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965) reste un point d'incertitude. Certaines décisions de justice considèrent qu'il s'agit d'une charge courante (donc à la charge de l'usufruitier), d'autres qu'il s'agit d'une épargne en vue de grosses réparations futures (donc à la charge du nu-propriétaire). En l'absence de convention claire entre les parties ou de jurisprudence stabilisée, il est recommandé de consulter un notaire pour formaliser la répartition de cette dépense spécifique.

Les honoraires du syndic pour la gestion courante de la copropriété sont à la charge de l'usufruitier. Les honoraires exceptionnels liés à des travaux structurels (coordination d'un chantier de ravalement lourd, par exemple) peuvent être qualifiés de grosses réparations et donc incomber au nu-propriétaire.


5. Travaux décidés par le nu-propriétaire sans accord de l'usufruitier : quelles limites ?

Le nu-propriétaire ne peut pas imposer de travaux à l'usufruitier au-delà de ses obligations légales (grosses réparations art. 606). Inversement, l'usufruitier ne peut pas entreprendre de travaux de transformation du bien sans accord du nu-propriétaire.

Deux cas distincts :

  1. Travaux d'amélioration souhaités par l'usufruitier (installation d'une climatisation, rénovation d'une cuisine sans toucher à la structure, aménagement d'un espace) : l'usufruitier peut les réaliser à ses frais, mais sans droit à indemnité en fin d'usufruit, sauf accord contraire formalisé. L'article 599 du Code civil précise que l'usufruitier jouit du bien « à la charge d'en conserver la substance » : il ne peut ni détériorer ni transformer sans accord.

  2. Travaux de transformation (suppression d'un mur non porteur, création d'une ouverture, modification de la distribution intérieure) : interdits sans accord express du nu-propriétaire. Si l'usufruitier les réalise malgré tout, le nu-propriétaire peut exiger la remise en état à ses frais ou, en fin d'usufruit, conserver les améliorations sans indemnité.

En situation d'urgence absolue (risque d'effondrement, menace pour la sécurité publique), la doctrine indique que le nu-propriétaire est autorisé à intervenir sans accord préalable de l'usufruitier pour assurer la sécurité. La répartition finale des coûts reste régie par les articles 605 et 606 : si les travaux relèvent de grosses réparations, le nu-propriétaire les supporte ; si elles résultent d'un défaut d'entretien de l'usufruitier, la charge bascule sur ce dernier.


6. Que se passe-t-il si l'une des parties refuse de payer ?

En cas de désaccord sur la qualification d'une dépense (entretien courant ou grosse réparation) ou de refus de payer, plusieurs recours existent :

  1. Mise en demeure écrite : la première étape consiste à adresser une lettre recommandée avec accusé de réception à la partie défaillante, en précisant la nature de la dépense, la base légale (art. 605 ou 606) et le montant réclamé.

  2. Médiation ou conciliation : avant d'engager une action en justice, les parties peuvent recourir à un médiateur ou à un conciliateur de justice pour tenter de résoudre le litige à l'amiable.

  3. Action en justice devant le tribunal judiciaire : si aucune solution amiable n'est trouvée, la partie lésée peut saisir le tribunal judiciaire. Le juge tranchera sur la qualification de la dépense et ordonnera le paiement par la partie redevable. Une expertise judiciaire peut être ordonnée pour déterminer la nature des travaux (entretien ou grosse réparation) et établir le lien de causalité en cas de défaut d'entretien.

Prescription : les actions en paiement de charges ou de travaux entre usufruitier et nu-propriétaire se prescrivent par 5 ans (article 2224 du Code civil), délai applicable aux actions personnelles ou mobilières.

À savoir : en cas de désaccord persistant, un état des lieux contradictoire à l'entrée en usufruit (par acte notarié ou constat d'huissier) constitue la meilleure protection pour les deux parties. Il permet de documenter l'état du bien au début du démembrement et d'identifier précisément les dégradations ultérieures.


7. Ce que ça change concrètement si vous venez d'hériter en nue-propriété

Si vous héritez d'un bien immobilier en nue-propriété (le conjoint survivant ou un autre héritier conservant l'usufruit), vous n'aurez pas à payer :

  • Les charges courantes de copropriété
  • La taxe foncière
  • Les petites réparations et l'entretien courant

En revanche, vous devrez assumer les grosses réparations structurelles si elles deviennent nécessaires (toiture, murs porteurs, ravalement lourd). Vous n'avez pas d'obligation légale d'exécuter ces travaux immédiatement, mais leur absence peut dégrader la valeur du bien dont vous récupérerez la pleine propriété à l'extinction de l'usufruit.

Point de vigilance : si l'usufruitier finance des travaux qui devraient normalement incomber au nu-propriétaire (grosses réparations), ce financement peut être qualifié de donation indirecte au profit du nu-propriétaire, avec des conséquences fiscales potentielles en matière de droits de donation. Cette qualification dépend des circonstances précises et doit être appréciée au cas par cas avec un notaire.

Pour comprendre comment l'usufruit et la nue-propriété se constituent lors d'une succession, consultez Usufruit et nue-propriété.

Si vous envisagez de vendre le bien ou de formaliser vos droits, deux autres articles peuvent vous être utiles :

Disclaimer : cette simulation a une visée informative et ne remplace pas un acte notarié ni un conseil personnalisé. Tout cas concret doit être validé par un notaire ou un conseil juridique, notamment pour déterminer la qualification exacte des travaux (entretien ou grosse réparation) et pour formaliser toute convention dérogatoire à la répartition légale.


Voir le barème complet des droits de succession

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.

Voir le guide complet : Usufruit et nue-propriété